mardi 19 février 2013

Douarnenez, quatrième jour


Je sors ouvrir mes volets dans l’air froid, l’herbe est trempée. Cris de mouettes, envol de corbeaux. 
Mes personnages se rencontreront aux Gras, plutôt qu’en été. Sur un char, au bord du défilé, à quel âge ? Mais Douarnenez n’est qu’un des endroits où je vais travailler, ce ne sera pas Carnaval partout. Par contre, mon image d’un homme déguisé en grosse femme pourrait marcher.

C’est lundi, tout est fermé. Je fais le tour du petit port, du grand port, jusqu’au Port Rhû. C’est la mer d’Iroise qu’on voit derrière les hangars.

14h : j’attends Johan, un collègue d’Isabelle, en buvant un café au soleil sur le muret devant le bar des Halles, dont toute l’équipe des Licornes se prépare à soutenir les trois coureurs. 
Le principe de la course inter-bars ? 11 bars, trois coureurs par équipe, qui doivent faire le tour du pâté de maisons jusqu’au Bonomic et retour (environ 800m) avec un gobelet plein d’eau posé sur un plateau. A la fin du tour, le coureur vide ce qu’il reste d’eau (parfois, rien…) dans une grosse bonbonne au nom du café pour lequel il concourt et passe le relais à son coéquipier…etc. Pour gagner, il faut remplir deux bonbonnes de 5l, soit 10l en tout, soit 40 tours de course au moins, sur les pavés, en slalomant entre les passants, les chiens, les voitures, les autres concurrents… et bien sûr, tous les coureurs sont costumés. 
Pendant la course, les 3 coureurs du bar des Halles foncent et courent, concentrés, en essayant de ne pas manger les mèches de leur perruque. Sérieux, entrain, effort, bière entre les tours et massages à l’huile d’olive pour les mollets à l’air. Pas de triche ! Les groupes ont des tactiques différentes mais la même envie de gagner, même Miss Chiquita et ses faux seins, qui craint les courbatures, demain. Le bar qui remporte la course trois années de suite peut garder la coupe à vie. Johan et son équipe l‘ont déjà remportée deux fois de suite, puis perdue, puis gagnée encore l’an dernier. 
Malgré tous leurs efforts, ils finissent deuxièmes, déçus mais soudés.

Je rentre au gîte déménager mes affaires dans l’appartement du haut, plus grand et avec plus de lumière. La chambre a quatre lits, j’en pousse un sous le Vélux pour voir la mer demain matin, à peine levée. Un son étrange résonne, liquide et régulier, dans le conduit de la cheminée du rez-de chaussée.

21h10 : je commence à écrire ma pièce à partir de toutes mes notes déjà accumulées. Ce soir, il y a karaoké au Malamock. J’écris 7 pages : à la fin, combien j’en garderai ? Pour le moment, c’est un garçon et une fille qui se connaissent depuis tout petits, elle est née ici et veut partir, lui vient d’ailleurs et a envie de rester. Ou le contraire. Mais ce n’est pas nostalgique. Ça doit être rock, plutôt. Dans un vieux prospectus, je déchire des photos de groupes et de chanteurs que je scotche dans mon carnet. Les looks, le romantisme dark torturé, la colère, l’énergie, les paroles rebelles et concentrées (écrire des chansons ?), les fanfares, les rythmes, les sons.
Karin Serres

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